Bio

Rares sont les groupes à avoir survécu au départ de leur chanteur. Pour AqME, il n’a jamais été question de baisser les armes, mais au contraire de se tenir debout, quoi qu’il arrive, le torse bombé face à l’adversité. Au delà de la symbolique religieuse, c’est aussi dans cet inconscient conquérant qu’il faut comprendre le titre de ce septième album studio, “Dévisager Dieu”. Pas de foire à la foi, ni de bonheur arrosé à l’eau bénite, mais une entité effrontée qui, même au cœur de la tempête, regarde son destin droit dans les yeux pour en saisir les rênes. Cette confiance, AqME l’a retrouvée sur la route ces deux dernières années, terrassant son public avec ce qui restera comme certains des concerts les plus énergiques de son Histoire.

Porté par cette intensité live et le soutien indéfectible de son label historique AT(h)OME, c’est un quatuor décomplexé et maitre de lui-même qui est entré en studio. Au diable la technicité et la course effrénée aux décibels, AqME n’a plus rien à prouver, si ce n’est qu’il est encore capable d’écrire de bonnes chansons. En ce sens, “Dévisager Dieu” est une véritable orgie de classiques, à commencer par le single “Avant le jour” et “Au-delà de l’ombre”, deux titres qui hérisseront sans nul doute les poils de ceux qui ont découvert la formation avec “Sombres Efforts” et “Polaroïds et Pornographie”. Sans jamais renier l’orage métallique de ses dernières productions, AqME renoue ici avec les mélodies entêtantes de ses débuts. Un retour aux refrains efficaces qui, à la surprise générale, passe avant tout par le sacre de Vincent, qui vient enrichir cette nouvelle collection de chansons d’une très large palette vocale. Les émotions se succèdent et son chant, qu’il soit clair ou éraillé, est animé d’une sensibilité à fleur de peau. Tour à tour mélancolique, enragé ou profondément désespéré, Vincent endosse à merveille son nouveau rôle de leader, tout en s’attachant à perpétuer l’héritage AqME.

S’il a été mixé et masterisé par le fidèle Magnus Lindberg, ce nouveau bébé cache également une surprise de taille : il a été intégralement réalisé en interne, sous la houlette d’Étienne, membre fondateur et garant de l’ADN AqME. En autarcie et durant trois semaines, le batteur, songwriter et désormais réalisateur s’est attaché à guider la troupe et mettre au point un son qu’il qualifie de “100% AqME”. Un challenge de taille pour replacer toute la sensibilité de chacun au centre de l’échiquier, prouvant qu’ici c’est bien le collectif qui compte. Une batterie surpuissante, une basse qui groove, des guitares massives et tranchantes et, au dessus de cette symphonie macabre, un chant qu’on a l’impression de connaître par cœur. C’est d’ailleurs là que réside toute la force de “Dévisager Dieu”, septième album frondeur qui démontre que si l’identité AqME est intacte et inaltérable, c’est aussi parce qu’elle est à même de survivre à tout.

Thomas Mafrouche